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Les canaux  ·  Décalages

Canal — Décalages

Décalages

Des livres qui n’existent pas, écrits comme s’ils existaient

Un titre ≈ 1 100 mots Août 2026

Présentation

Un décalage prend le réel de biais. Il ne l’invente pas : il lui emprunte ses ‍​‌‌​​​‌​​‌​​‌​​​​​​‌​‌‌​​‌​​​​​​​​​‌‌‌‌​​​​‌‌‌‌‌‌‌‌​​​​‌​​‌‌​​​​​‌​‌‌​‌‌​​‌‌‌‌‌​‌​‌‌‌‌​‌‌​‌‌‌‌​‌​‌​‌‌​​‌​‌​‌​‌‌​‌‌‌‌​‌​‌‌​‌‌‌​​​‍formes — l’appareil d’un livre savant, sa collection, son directeur de collection, son éditeur, son dépôt légal — et les remplit d’un objet qui n’a jamais existé. Ce qui se déplace n’est pas le sujet, c’est le cadre dans lequel on accepte de l’entendre.

Le premier titre du canal est un essai apocryphe : Existe-t-il une homosexualité extra-terrestre ?, attribué ‍​‌‌​​​‌​​‌​​‌​​​​​​‌​‌‌​​‌​​​​​​​​​‌‌‌‌​​​​‌‌‌‌‌‌‌‌​​​​‌​​‌‌​​​​​‌​‌‌​‌‌​​‌‌‌‌‌​‌​‌‌‌‌​‌‌​‌‌‌‌​‌​‌​‌‌​​‌​‌​‌​‌‌​‌‌‌‌​‌​‌‌​‌‌‌​​​‍au professeur Archibald Bholero, émérite au Collège d’Albion d’Oulegor, paru aux Éditions Martin Cripant dans la collection « Les coulisses de verre » que dirige Amarine Delucas. Rien de tout cela n’existe. Le texte, lui, tient debout : trois mouvements dialectiques, une thèse, son antithèse, leur synthèse en quatre temps, et une conclusion qui ouvre.

C’est la forme qui fait le sérieux, et c’est précisément ce que ‍​‌‌​​​‌​​‌​​‌​​​​​​‌​‌‌​​‌​​​​​​​​​‌‌‌‌​​​​‌‌‌‌‌‌‌‌​​​​‌​​‌‌​​​​​‌​‌‌​‌‌​​‌‌‌‌‌​‌​‌‌‌‌​‌‌​‌‌‌‌​‌​‌​‌‌​​‌​‌​‌​‌‌​‌‌‌‌​‌​‌‌​‌‌‌​​​‍le texte met à l’épreuve. En empruntant la langue du discours établi, il demande ce que cette langue autorise à penser — et ce qu’elle écarte sans le dire.

La nage n’est pas que surfacique et en ce sens universelle. Huguefin de ‍​‌‌​​​‌​​‌​​‌​​​​​​‌​‌‌​​‌​​​​​​​​​‌‌‌‌​​​​‌‌‌‌‌‌‌‌​​​​‌​​‌‌​​​​​‌​‌‌​‌‌​​‌‌‌‌‌​‌​‌‌‌‌​‌‌​‌‌‌‌​‌​‌​‌‌​​‌​‌​‌​‌‌​‌‌‌‌​‌​‌‌​‌‌‌​​​‍Tralis

Résumé

Existe-t-il une homosexualité extra-terrestre ?

Thèse. Toute vie intelligente, où qu’elle apparaisse, serait soumise à une pression sélective orientée ‍​‌‌​​​‌​​‌​​‌​​​​​​‌​‌‌​​‌​​​​​​​​​‌‌‌‌​​​​‌‌‌‌‌‌‌‌​​​​‌​​‌‌​​​​​‌​‌‌​‌‌​​‌‌‌‌‌​‌​‌‌‌‌​‌‌​‌‌‌‌​‌​‌​‌‌​​‌​‌​‌​‌‌​‌‌‌‌​‌​‌‌​‌‌‌​​​‍vers la perpétuation biologique. Dans un tel univers — supposé homogène —, la reproduction est la norme structurante, et toute orientation qui ne la sert pas se trouve reléguée au marginal, au transitoire, au secondaire.

Antithèse. Des civilisations peuvent avoir dépassé cette dépendance, par la technique ou par la ‍​‌‌​​​‌​​‌​​‌​​​​​​‌​‌‌​​‌​​​​​​​​​‌‌‌‌​​​​‌‌‌‌‌‌‌‌​​​​‌​​‌‌​​​​​‌​‌‌​‌‌​​‌‌‌‌‌​‌​‌‌‌‌​‌‌​‌‌‌‌​‌​‌​‌‌​​‌​‌​‌​‌‌​‌‌‌‌​‌​‌‌​‌‌‌​​​‍culture : dispositifs artificiels, ingénieries du vivant, continuités non organiques. L’orientation cesse alors d’être commandée par une finalité reproductive ; elle devient un mode relationnel, culturel ou symbolique autonome.

Synthèse. Reste à savoir comment une telle idée se propage. Le corps y résiste — tant ‍​‌‌​​​‌​​‌​​‌​​​​​​‌​‌‌​​‌​​​​​​​​​‌‌‌‌​​​​‌‌‌‌‌‌‌‌​​​​‌​​‌‌​​​​​‌​‌‌​‌‌​​‌‌‌‌‌​‌​‌‌‌‌​‌‌​‌‌‌‌​‌​‌​‌‌​​‌​‌​‌​‌‌​‌‌‌‌​‌​‌‌​‌‌‌​​​‍qu’il est une infrastructure de besoins, il fait barrière. L’idée ne circule pas comme un motif culturel mais selon une logique quasi génétique, où deux lignées doivent converger pour qu’une forme stable apparaisse : une chimère conceptuelle, pure dans aucun de ses foyers d’origine. Encore faut-il distinguer porter une idée — la déplacer intacte — et l’absorber, la métaboliser au point qu’elle transforme l’expérience de qui la reçoit. C’est là, et non dans le portage, que se forme une résonance. Au bout, le toucher revient : geste non reproductif, presque sacralisé, délivré de l’impératif biologique.

Conclusion. Dans un cosmos non uniforme, ce qui structure n’est pas une loi identique ‍​‌‌​​​‌​​‌​​‌​​​​​​‌​‌‌​​‌​​​​​​​​​‌‌‌‌​​​​‌‌‌‌‌‌‌‌​​​​‌​​‌‌​​​​​‌​‌‌​‌‌​​‌‌‌‌‌​‌​‌‌‌‌​‌‌​‌‌‌‌​‌​‌​‌‌​​‌​‌​‌​‌‌​‌‌‌‌​‌​‌‌​‌‌‌​​​‍pour tous, mais un principe de résonance différentielle. L’univers ne se pense plus comme une mécanique unifiée, mais comme une polyphonie de variations cohérentes.

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